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24 heures à Manawan

Décembre 2015, l’école secondaire Otapi est le théâtre d’un colloque de 3 jours sur l’éducation réunissant des anciens, des éducateurs, des parents, des intervenants extérieurs et aussi les élèves du secondaire.  On y offrira des ateliers de stimulation précoce des enfants jusqu’au monde des études collégiales.

J’y présente Academos en soutien à l’enseignement du PPO, à la persévérance aux études, à la réorientation des jeunes adultes de la communauté.  Dans mon atelier, une jeune élève de 14 ans côtoie une sage de la communauté. Le message est clair, l’éducation est l’affaire de tous.


Manawan, lieu où l’on ramasse des œufs en langue atikamekw. Réserve amérindienne de 2 000 habitants, constituée en 1906, dans la région de Lanaudière. L’artisanat, l’art, l’exploitation forestière et l’ethno-tourisme sont les principales activités économiques actuelles.

Les enjeux

L’enjeu de la diplômation des jeunes est préoccupant, à preuve, il n’y aura que 4 diplômés cette année dans tout le lot des finissants du secondaire.  Pourtant, les familles tiennent à l’éducation, au DES, à un avenir prometteur pour leur jeunesse.  Le français n’est enseigné qu’à partir de la 4e année du primaire affectant d’autant les chances de réussite aux épreuves uniques de 5e secondaire.   Avec un taux de 50% de chômeurs,  les jeunes manquent cruellement de modèles professionnels autochtones.  D’ailleurs, plusieurs enseignants au secondaire sont des non-autochtones et même issus de l’immigration.

Les défis qui attendent les jeunes atikamekws qui s’exilent pour leurs études post-secondaires sont nombreux : se sentir loin de la vie en communauté, se faire des amis, s’adapter à la vie urbaine, étudier dans une langue seconde, s’adapter au mode de vie québécois.  Comme tous les autres jeunes, ils doivent persévérer, rêver, relever leurs défis.

L’espoir


Kévin Flammand, fraîchement diplômé du cégep de Trois-Rivières en Arts et lettres, raconte son expérience en ces mots :

« J’étais fier de moi [quand j’ai obtenu mon diplôme secondaire].  Je venais d’accomplir un objectif que j’avais toujours eu en tête depuis le début de mon secondaire.  … Je savais aussi ce que je voulais faire dans la vie : écrire, inventer des histoires.  Je veux exposer mon imagination et aussi faire connaître mon village par le biais de l’écriture.  En quelque sorte, je veux être le Fred Pellerin de Manawan.
Au cégep je me débrouillais bien dans mes travaux mais j’ai quand même échoué un cours de philo.  J’ai gardé courage en me disant qu’il est plus dur d’abandonner que de recommencer.  Je me disais que la prochaine fois serait la bonne.

Aujourd’hui il y a deux choses dont je suis certain, je veux écrire des romans et contribuer à aider les jeunes de mon village [cette année, Kévin est en charge d’un projet de lutte à l’intimidation à l’école Otapi].

Si j’ai un conseil à donner aux étudiants d’Otapi c’est de ne jamais abandonner, de toujours se permettre de rêver et de s’accrocher à ce qu’on veut faire dans la vie.  Surtout, gardez l’esprit ouvert.  L’esprit c’est comme un parachute.  Il ne fonctionne que s’il est ouvert. »

Manawan, lieu où l’on ramasse des œufs.  Un peuple fier de sa langue, de sa culture, de ses origines.  Un peuple à la destinée fragile où chaque victoire, chaque réussite d’un jeune est vue comme une médaille d’or tant les défis d’accommodation sont grands.

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